Compte rendu de l’action : L’atelier théâtre femmes du centre social Bordeaux-Nord

| Apparait dans la categorie: Concept | 0

Depuis 2010 s’est enraciné sur le quartier, en lien avec un groupe d’adhérentes du Centre Social Bordeaux-Nord, un atelier où les mots et les idées viennent bousculer les a priori de tous poils sur le genre, l’origine, la linguistique. Ils sont balayés pour laisser la place à des femmes qui osent et s’exposent, disent et agissent, rient et se rient de tous les carcans, préjugés et autres idées reçues dont seule l’espèce humaine a le secret.

Cela fait cinq années au cours desquelles un groupe de dompteuses de mots a travaillé d’arrache pied, avec l’aide de la comédienne Irene Dafonte, à apprivoiser le langage, à délier les langues, à utiliser la voix, à apprendre par cœur, à porter des idées et les défendre, à prendre position et à s’affirmer… Durant ces années, le groupe a vécu des temps forts de partage, de fous rires et de besogne.

L’année 2014 a été une année de concrétisation et de valorisation du projet avec la propulsion du groupe sur la scène théâtrale de La Boîte à Jouer. Ces femmes, en situation d’illettrisme ou d’alphabétisation, ainsi que d’autres dans une situation d’insertion sociale et économique, se sont produites dans de vraies conditions professionnelles durant trois soirées. Près de 200 personnes les ont acclamé les 20, 21 et 22 Mars.

Un travail s’est également effectué au niveau du Collectif Bordonor et du Centre Social Bordeaux-Nord afin d’accompagner les publics à cette pièce, bien que sa réputation l’ait précédée. Ainsi, des groupes d’adolescent-e-s et d’adultes sont venus par l’intermédiaire des structures des quartiers nord de Bordeaux. Des personnes seules, des familles et des partenaires également.

 

« Le plus souvent, c’est des femmes qui restent chez elles et qui ne font pas d’activité. Et c’est bien qu’elles découvrent ça et se libèrent. Et au fur et à mesure, elles s’améliorent. » – Azdine, 15 ans

« Ce que je trouve chouette c’est le mélange de toutes les nationalités et des catégories sociales. Et en plus, il y a l’animatrice qui est impliquée, qui joue, et je trouve ça bien. Les sketchs sont courts, donc tu ne te prends pas la tête et c’est fait avec plein d’humour. » – Patricia, 56 ans

« C’était super bien. Ca reflétait bien la femme d’aujourd’hui, la femme étrangère, mais avec des clichés car ce n’est pas vrai qu’elles ne travaillent qu’à la maison. Mais c’est vrai qu’elles sont super fatiguées. C’est des objets. Elles ne sont pas prises au sérieux. » – Yacine, 15 ans

« Je pense que ce qui a le plus joué dans l’émotion que j’ai pu ressentir c’est que le spectacle est joué par des amatrices, du coup tout le long on est face à des scènes de la vie quotidienne de femmes normales. Je pense que c’est le plus touchant. J’ai beaucoup ri, je me suis sentie concernée, je me suis reconnue parfois, j’ai vraiment pris plaisir. » – Servane, 25 ans

 

Chaque année, le groupe embarque dans une expérience hors de Bordeaux et se donne à voir dans des villes telles que Toulouse ou Mont-de-Marsan. En 2014, le défi était d’aller à la rencontre d’une ville charismatique et symboliquement forte : Paris.

Les Centres Sociaux de Malakoff ont porté avec nous cette aventure afin d’essaimer cette initiative dans le but d’encourager les prises de parole, le travail de projets et de créations, de susciter l’envie car nous pensons que l’envie créé l’envie… et que ces femmes en représentation, ce qu’elles racontent et défendent donneront l’envie, voire le courage à d’autres de s’exprimer, de se dire que c’est possible.

Les femmes sont donc parties durant un week-end à Paris-Malakoff. C’était un premier voyage pour certaines, une découverte de la capitale pour d’autres. Le groupe a joué sur la scène de la Maison des Jeunes et de Quartier de Malakoff où 85 personnes étaient mobilisées.

 

« Le spectacle du 10 Mai dernier, a permis aux centres sociaux de proposer à nos publics une sortie au théâtre un samedi soir, à côté chez eux, gratuite. La date nous a permis de toucher un autre public comme les actifs par exemple.

Des groupes des centres sociaux sont partis du nord et du centre de la ville pour assister au spectacle dans le quartier sud. On a ainsi travaillé le projet en amont au niveau de la cohésion territoriale et du lien entre partenaires qui travaillent peu ensemble. Ces départs collectifs ont permis aux salariés de créer une dynamique et du lien. Et pour ceux qui sont venus directement, cela montre le degré d’autonomie (que l’on encourage).

Il y avait la possibilité de faire plusieurs lectures du spectacle dans le sens ou homme/femme/enfant pouvait s’en tenir au côté humoristique mais aussi être amené à réfléchir sur des problèmes de société : Est-ce qu’on subit ou on est acteur de notre propre vie ? Quelle réaction face aux discriminations ? Relation parent/enfant ? La recherche d’emploi ? …

La discussion et le pot proposés ensuite ont permis de créer un échange […]. Dans l’ensemble, le spectacle a beaucoup plu : les rires, les réactions et les échanges qui ont suivi l’ont démontré.

Pour les enfants c’était une occasion de partager une sortie avec leurs parents et inversement. Certains parents avec des enfants en bas âge ont eu la possibilité de les laisser à une animatrice […]. C’était donc pour beaucoup une occasion de sortir un samedi soir sans se soucier des enfants, du trajet, du tarif ; juste passer un bon moment en famille, seul ou en groupe et interagir les uns-les autres.

Pour le centre social Prévert, beaucoup de spectateurs fréquentent les cours de français. Le professeur les avait accompagné et ça a été une occasion d’oser sortir voir un spectacle en français, et se rendre compte aussi, que sur scène les actrices jouaient avec, pour certaines, un accent. Mais qu’importe ! L’essentiel étant bien le fond du message qui passe aussi par les gestes, les expressions… Cela leur donne aussi confiance en eux et les aide à accepter un accent et à l’assumer pour que ne soit plus un obstacle qui parfois les handicape voir les isole.

Certaines personnes âgées, par l’intermédiaire du Loisirs Vacances Retraités (Service municipal), se sont aussi mêlées au groupe et ont participé à l’événement. C’est une réussite pour les centres sociaux et la ville d’avoir réussi à toucher tous les âges sur ce spectacle. »

(Retours par courriel de la personne chargée du projet à Malakoff)

 

Je soussigné(e), Laurent GUYOT Président

représentant(e) légal(e) de l’association,

certifie exactes les informations du présent compte rendu.

 

Fait, le 15 Mai 2013 à Bordeaux

Laissez un commentaire